Yi Quan 意拳

Description

Le Yi Quan (prononcez « yi-chouane »), la boxe de l’intention, également connue sous le nom de Da Cheng Quan, est une école de l’art martial chinois qui fut créée par le Maître Wang Xiang Zhai dans les années 30. Dès 1920, il disait que les pratiquants d’arts martiaux négligeaient l’importance du travail de l’esprit et donnaient trop d’importance aux mouvements. Wang Xiang Zhai prôna alors un art martial épuré, simple et efficace. De plus, fidèle à la tradition millénaire chinoise, l’art de Wang Xiang Zhai insiste autant sur le travail de préservation de la santé (yangsheng) que sur le travail de défense personnelle (ziwei).

Prenant en compte la concentration de l’esprit et la volonté et absent de formes (Tao-Lu), cet art martial est certainement la forme la plus proche de celle qui fut pratiquée dans l’antiquité en Chine.

Généralités

Yi (意), la pensée créatrice, l’esprit, la volonté, l’intention supérieure Quan (拳), se traduit simplement par le poing, la boxe.

Origine et signification du Yi Quan

Entraînement zhan zhuang

Un entraînement de Yi Quan en Chine

Le Yi Quan (prononcez « yi-chouane »), littéralement « boxe de l’intention » ou dans une traduction plus poétique, « La Voie de l’Harmonie du Corps et de l’Esprit » est encore connu en France et dans le monde sous différents noms : Da Sheng Quan, Tai Ki Ken, San Yi Quan, et bien d’autres. C’est une méthode d’entraînement dite “interne” en ce sens qu’elle est fondée sur la concentration de l’esprit, la relaxation musculaire et l’entraînement psychologique, principes que l’on retrouve également dans le Baguazhang, le Taïjiquan ou le Xing Yi Quan. Il est d’ailleurs de coutume de présenter le Yi Quan comme la synthèse de ces trois arts majeurs. Mais c’est plus que cela. Wang Xiang Zhai (1885 – 1963) en est le fondateur. Durant son enfance, dans le Hebei, il est l’élève de Guo Yun Shen, célèbre maître de Xing Yi Quan qui insiste particulièrement sur une pratique posturale dénommée Zhan Zhuang Gong. Cette pratique sera la pierre angulaire du Yi Quan. Toute sa vie durant, Wang Xiang Zhai n’aura de cesse de voyager pour échanger avec de nombreux grands maîtres d’arts martiaux de l’époque et relever des défis et ainsi, enrichir son art des points forts des autres arts martiaux et façonner sa méthode d’entraînement. Le point de vue de Wang Xiang Zhai sur les arts martiaux n’était pas figé. Ainsi, le Yi Quan a continué d’absorber des méthodes scientifiques d’entraînement chinoises et étrangères après la mort même du fondateur, afin d’enrichir et de développer l’étude martiale. On y retrouve ainsi des éléments de boxe anglaise ou encore de Shuijiao. A plusieurs points de vue, le Yi Quan est donc un art martial contemporain qui ne cesse de se développer.

Les grands principes

Le Yi Quan se caractérise par le fait qu’il est exempt de formes codifiées (tao lu). Ceci est sans précédent à l’époque de Wang Xiang Zhai, et lui vaudra de nombreuses oppositions dans le monde des arts martiaux traditionnels chinois. Il considère les taolu comme trop « rigides » pour le corps et l’esprit. La pratique des taolus, à long terme, va même, selon Wang Xiang Zhai, à l’encontre du développement de la spontanéité qui doit être recherchée. Cependant cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de méthode dans le Yi quan, que l’on peut se tenir n’importe comment et frapper dans tous les sens de manière désordonnée. Wang Xiang Zhai souhaitait simplement revenir à la simplicité et à une pratique plus authentique. Le Yi Quan est construit autour de trois objectifs de recherche: la santé, le plaisir et l’autodéfense. La santé, c’est cultiver le principe vital, chasser la maladie, et renforcer le corps. Le plaisir, c’est rechercher à la fois les sensations de bien être physique durant l’entraînement mais également la satisfaction intellectuelle dans la recherche martiale et la compréhension du corps. L’autodéfense, ce n’est autre chose que le combat. Ces trois aspects sont indissociables. Si un aspect fait défaut, on ne peut atteindre de résultat sur le plan martial.

Deux angles de pratique

En Yiquan, on considère qu’il faut d’abord renforcer le corps et cultiver la volonté. Alors seulement, on peut suivre la voie du combat. En effet, si l’on n’a pas une constitution physique robuste et vigoureuse, comment prétendre développer des aptitudes martiales? Le Yangshen sera un passage nécessaire, une étape, pour ceux qui souhaitent suivre la voie du combat. “Nourrir le corps” (lit. yangshen) peut cependant être un objectif en soit pour certaines personnes. Les exercices pratiqués seront, en apparence, les mêmes, mais la pensée directrice durant l’exercice, sera différente.

L’approche scientifique du Yi Quan

Les arts martiaux dit “internes” sont un terrain particulièrement propice aux discours enveloppés de mysticisme. On parle de “techniques secrètes”, d’enseignement “supérieur”, … Ceci n’a pour autre but que de duper les néophytes et préserver le business des “maîtres”. Les maîtres Wang Xiang Zhai et Yao Zong Xun ont contribué à lever ce voile de superstition qui enveloppe la pratique des arts martiaux. Leur enseignement est basé sur les principes d’anatomie, de physiologie, de bio-mécanique et de psychologie humaine. Le Yiquan est semblable aux autres sports, c’est une science du mouvement corporel. Tous les mouvements sont guidés par le système nerveux, et l’utilisation des muscles sur le squelette : le squelette est un levier, les articulations sont des pivots et la contraction musculaire permet d’effectuer les mouvements. Autrement dit, les mouvements ne sont que la manifestation des contractions musculaires véhiculées par le système nerveux lui-même toujours contrôlé et influencé par l’intention. Wang Xiang Zhai disait : « L’intention est le commandant en chef de la force». A l’instar des écrivains ou des peintres qui ont une intention avant d’écrire ou de peindre, le pratiquant martial devra être guidé par l’intention pour utiliser correctement sa force. En Yi quan, c’est ce travail sur l’intention qui va permettre d’unifier à un haut niveau le corps et l’esprit et permettre au pratiquant de mettre en œuvre un maximum de son potentiel sur une action. (voir page sur le Zhan zhuang).

Les 8 piliers de l’entraînement

Entraînement au sac

Michel notre enseignant principal s’entraîne au sac en Chine lors d’une formation de Yi Quan

L’entraînement de Yi quan est fondé sur 8 types d’exercices : La base du Yi Quan est le Zhan Zhuang Gong. Ce travail de postures est d’abord destiné à entraîner le corps, dans le but de le renforcer. Le Zhan Zhuang doit être impérativement complété par le travail de Shi Li. Il consiste à réaliser des mouvements lents dans le but d’exprimer la Force. Ces mouvements sont tous des mouvements ayant une origine martiale et peuvent être appliqués en tui shou ou en san shou. Viennent ensuite les exercices de déplacement aussi appelé Mo Ca Bu qui consistent à déplacer son centre de gravité tout en exprimant la force au travers de Shi Li. Fa-Li sert à étudier grâce à des mouvements spécifiques l’expression explosive de la force. Shi sheng est l’essai du son, très proche du travail du kiaï des arts martiaux japonais. Enfin, lorsqu’il a suffisamment expérimenté ces différents types d’entraînement le pratiquant est désormais prêt pour le Jian Wu ou “Shadow boxing”. C’est l’utilisation, dans le vide, de toutes les techniques enchaînées spontanément. Ces exercices constituent la base de l’entraînement seul et doivent ensuite être mises en application avec partenaire soit en combat libre (San Shou), soit en poussée de mains (Tui shou).

Le fondateur Wang Xiangzhai

Les grands mouvements ne sont pas aussi efficaces que les petits mouvements.
Les petits mouvements ne sont pas aussi efficaces que l’immobilité.
L’immobilité est la mère du mouvement éternel.

Wang Xhiangzhai

Jeunesse

guoyunshen

Guo Yunshen, maître de Xing Yi Quan

Wang Xiangzhai, est né le 29 octobre 1885, à Shenxian, dans la province de Hebei. Dans son enfance, Wang est de faible constitution et c’est pour cette raison qu’il commence, à l’âge de 7 ans, la pratique du Xing Yi Quan avec le célèbre Maître Guo Yunshen qui est ami de ses parents. Doué et persévérant, il acquiert après quelques années les clés de cet art. Guo insistait beaucoup dans son enseignement sur la pratique prolongée du travail postural (Zhan Zhuang).

A la mort de Guo, Wang Xiangzhai décide de rechercher les plus grands Maîtres de chaque style, pour perfectionner sa propre technique. Il considérait que la pratique des mouvements rapides, donc mal maîtrisés, l’exagération de l’importance de la force musculaire et le durcissement à outrance du corps, souvent dans un but démonstratif, caractérisaient la majorité des pratiquants. Il décide alors de revenir aux sources du Kung-Fu, au véritable travail interne.

La période pékinoise

En 1907, il quitte son village pour trouver du travail à Pékin. Il intègre d’abord l’armée en tant que commis de cuisine. Un jour, lors d’une altercation avec des soldats, un officier découvre ses qualités de combattant et lui offre une place de maître d’armes. (C’est avec la fille de cet officier que Wang se mariera plus tard et aura 3 enfants).

Le périple

Wang Xhiangzhai en posture

Wang Xhiangzhai en posture

En 1918, Wang Xiangzhai quitte Pékin et voyage alors du Hubei au Fujian en passant par le Hunan, pendant plus de dix années. Durant ces années, il rencontre de nombreux experts de tous styles dont certains deviennent ses élèves. Mais il lui arrive d’être aussi vaincu, et dès lors il demande à son opposant de l’accepter comme élève pour améliorer encore sa technique.

Son voyage l’amène tout d’abord au monastère de Shaolin, dans la province du Henan. Il reste plusieurs mois à apprendre du moine Heng Lin expert de Xin Yi Men (système apparenté au Xing Yi quan). Par la suite il rencontre d’illustres maîtres tels que Fang Shi Zang (expert de Wuji Lao Shou), Liu Pei Xan (Maître de Tan tui), Fang Qiazhuang (expert de Grue blanche) avec qui il fraternise et qui lui présenta Jin Shaofeng (Grue blanche) avec qui il échangera beaucoup. Durant cette période, Wang s’attache à absorber l’essence de chaque école et non les formes codifiées (Tao Lu).

Mais c’est dans le Hunan que sa quête semble s’achever lorsqu’il rencontre Maître Xie Tie Fu. Cette rencontre est déterminante dans l’élaboration de son art. Xie était un maître célèbre considéré comme un excentrique qui avait d’abord pratiqué la boxe de Wu Dang, puis étudié de nombreuses écoles du sud comme le He Quan (boxe de la Grue) et était surtout lui aussi expert en Xin Yi Men. Wang Xiangzhai resta un an auprès de Xie Tie Fu.

Les années qui suivirent furent parsemées de rencontres, de combats et des innombrables défis que releva Wang Xiangzhai. Il fut toujours vainqueur : contre Qian Yantang (un ancien élève de Guo Yunshen), le champion du monde boxe de l’époque, Jin Qiliang (maître de Tan tui), Shang Yunxiang (Xing Yi quan) qui devint son ami…

Vers 1925, alors qu’il enseigne encore le Xing Yi Quan, Wang Xianzhai prend conscience que les élèves attachent trop d’importance à la forme et pas assez à l’aspect mental de la pratique. Il décide d’utiliser plus largement les exercices de zhan zhuang et d’autres types d’exercices utilisés encore aujourd’hui dans le yi quan tel que nous le connaissons. Dès 1926, sa méthode prend le nom de Yi Quan pour mettre l’accent sur le « Yi » et abandonner l’élément « Xing » (forme). De retour à Pékin, il recrute ses premiers disciples dans sa famille. Puis il se rend à Tian Jin où il se lie d’amitié avec Zhan Zhaodong un boxeur adepte du Xing Yi et du Ba gua. Celui-ci présenta à Wang quelques-uns uns de ceux qui allaient devenir ses meilleurs élèves (Zhao Enqing, Zhang Entong et Zhao Fengyao).

En 1928, Wang se rend à Hangzhou avec son élève Zhao Enqing et le maître de xing yi quan de Tianjin , Zhang Zhankui en tant qu’arbitre pour le 3ème tournoi de combat libre de Chine et aussi pour présenter la méthode d’entraînement du Yi quan. Zhao Enqing (plus tard connu sous le nom de Zhao Daoxin) gagna le tournoi.

La période shangaïenne

Portrait de maître Wang Xiangzhai

Portrait de maître Wang Xiangzhai

Wang fut alors invite à Shanghai, où il fonda la Yiquan Society. Après son combat avec le champion du monde de boxe hongrois, Inge (relaté plus tard dans le London times ), le Yi Quan gagna beaucoup en notoriété. C’est à cette époque que You Pengxi (fondateur du kong jin), Gao Zhendong, Zhu Guolu, Zhu Guozhen, Bu Enfu (champion chinois de boxe et de lutte), Zhang Changxin (vainqueur du championnat de boxe de Shanghai), Zhang Changyi, les frères Han Xingqiao et Han Xingyuan, Wang Shuhe, Ma Jianzhao, Ning Dachun devinrent élèves de Wang Xianzhai. Han Xingqiao, Zhao Daoxin, Zhang Changxin et Gao Zhendong devinrent même célèbre à Shanghai comme «les 4 guerriers de diamant».

Wang écrivit son premier traité de Yi quan: La véritable voie du yiquan. A ce moment là, le Yi quan de Wang Xiangzhai était déjà assez différent de ce qu’enseignaient les autres maîtres de Xing Yi Quan. Wang, dans son travail utilise des principes répandus dans le Xing Yi Quan, mais beaucoup de ses idées sont encore basées sur des concepts traditionnels qu’il abandonnera dans les années suivantes. Certaines sources de Xing Yi Quan utilisent le terme école naturelle de Xing Yi Quan, considérant la période durant laquelle Wang enseigna à Shanghai.

Durant son séjour à Shanghai, Wang rencontra Wu Yihui (maître de liuhebafa), qu’il décrivit comme l’un des 3 plus grands maîtres qu’il rencontra lors de ses voyages à travers toute la Chine (les deux autres étant Xie Tiefu et Fang Qiazhuang, mentionnés plus haut).

Le retour aux sources

En 1935, Wang Xiangzhai, avec ses élèves Bu Enfu, Zhang Entong, Zhang Changxin et Han Xingqiao déménagent dans la préfecture d’origine de Wang. Là, ils se concentrent sur l’étude et l’entraînement des théories martiales. La plupart des méthodes d’entraînement actuellement utilisées en Yi Quan furent développées et perfectionnées à cette période. Il fut constaté qu’avec ces méthodes, les étudiants progressaient plus rapidement.

A l’automne 1937, Wang revint s’installer à Pékin et continua à améliorer son art. Il fait paraître durant l’été 1940, dans le journal Shi Bao, une annonce où il invite quiconque à venir se confronter à lui et découvrir le Yi Quan. Il choisit quatre disciples : Han Xingqiao, Hong Lianshun, Yao Zongxun et Zhou Ziyan et les forme spécialement pour les défis. C’est seulement après avoir vaincu l’un d’entre eux que le prétendant pouvait combattre Wang. Aucun adversaire n’a jamais réussi.

En 1940, un grand festival d’arts martiaux eut lieu à Tokyo dans lequel participaient aussi des équipes chinoises. Des maîtres chinois collaborant avec les Japonais s’y rendirent. Le capitaine de l’équipe tenta de persuader Wang Xiangzhai, qu’il considérait comme le plus grand maître, de participer. Wang refusa. Mais Durant le festival, les Chinois parlèrent tant de Wang Xiangzhai, que bientôt de nombreux Japonais vinrent à Pékin pour le rencontrer. Beaucoup le défièrent, tous furent vaincus. Beaucoup voulurent devenir les élèves de Wang mais un seul fût accepté: ce fût Kenichi Sawai. De retour au japon il développa son propre mouvement selon son interprétation de l’enseignement de Wang : le Taï Ki Ken.

C’est à cette même époque que le nom de Da Cheng Quan apparut sur l’initiative de deux amis journalistes et élèves de Wang Xiangzhai. Voyant le haut niveau de Wang, ils lui proposèrent de nommer son art Da Cheng Quan. (« Da Cheng » = grande réussite, grand accomplissement, perfection). Cependant il semble que Wang Xiangzhai trouva le terme de Da Cheng Quan trop pompeux, considérant que le système n’était pas parfait et qu’il n’y avait pas de limite à la perfection d’un art martial. Bien qu’il revint rapidement à la terminologie initiale de Yi Quan le nom « Da Cheng Quan » a subsisté et nous est parvenu aujourd’hui.

Par la suite, deux courants majeurs existant aujourd’hui encore au sein du Yi Quan, commencèrent à émerger. Wang n’enseigna plus personnellement qu’à ses anciens élèves, confiant l’enseignement pour les nouveaux venus à Yao Zongxun. A partir des années 40, Wang attache de plus en plus d’importance à l’enseignement du Yi Quan dans un cadre thérapeutique ( Yangsheng) laissant à son disciple Yao Zong Xun, le soin d’animer les entraînements destinés à former les combattants. Il prit donc personnellement en main l’enseignement du “groupe santé”. Les étudiants de ce groupe avaient pour nom : Chen Haiting, Qin Zhongsan, Yu Yongnian, Bu Yukun, Mi Jingke, Sun Wenqing, Zhang Yuheng, Qi Zhenglin et Wang Yufang (la fille de Wang). En 1947, ce groupe qui s’entraînait dans le Temple des Ancêtres (à présent Le Palais de la Culture du Peuple) comptait une centaine de membres. L’efficacité thérapeutique et l’absence d’effets secondaires de ces exercices furent largement démontrés et la méthode est reconnue d’utilité publique aujourd’hui en Chine.

Avec le changement de régime en 1949, Wang se retire de l’enseignement martial. Dans les années qui suivirent, il se consacre quasi-exclusivement à l’aspect santé. Le “groupe santé” déménage au Parc Sun Yatsen et peut pratiquer librement. Yu Yongnian présente aux autorités un rapport sur les valeurs thérapeutiques des exercices de Zhan Zhuang, ce qui a pour effet d’introduire cette méthode dans de nombreux hôpitaux à travers la Chine. On demande également à Wang Xiangzhai d’enseigner dans les hôpitaux. En 1958, il est nommé à l’Institut de Recherche en Médecine chinoise de Pékin. En 1961, il va à l’hôpital de Médecine chinoise de Baoding, dans la province de Hebei. Il renvoie alors le “groupe santé” vers Yao Zongxun, qui enseignait également le combat à des étudiants choisis. En 1962, Wang participe à une conférence sur le qigong, lors de laquelle il démontre quelques exercices qui furent accueillis avec grand intérêt. Il meurt le 12 juillet 1963 à Tianjin.

Jusqu’à la fin de sa vie, il se consacrera, avec sa fille Wang Yu Fang, à la guérison et à la préservation de la santé en enseignant la posture de l’arbre (Zhan Zhuang Gong), notamment dans différents instituts médicaux. Il laissera derrière lui un grand nombre d’élèves et quelques disciples dont YAO Zong Xun qui assurera la pérennité de l’art que Wang Xiangzhai aura passé toute sa vie à bâtir.

Le successeur : Yao Zong Xun (1917-1985)

J’ai honte de n’avoir pas pu atteindre le sommet de l’art de la boxe et je peux qu’espérer que la prochaine génération y réussira. Je donne à mon élève Yao le nom de Jixiang, pour exprimer cette intention. Il était pauvre et n’avait aucun support depuis son enfance, alors, je l’ai pris sous mon aile. Il est part nature, un lettré, mais n’est pas un rat de bibliothèque. Ouvert d’esprit et audacieux, peu de gens à travers le monde peuvent rivaliser avec lui. Avec un élève comme Yao Zongxun, je sais que ma voie ne sera pas perdue. J’espère qu’il fera les efforts supplémentaires nécessaires à l’accomplissement du rêve de notre nation. Je souhaite qu’il se consacre à cette cause afin que les gens bénéficient de son art. Je souhaite plus que tout qu’il ait la persévérance pour traverser une centaine d’épreuves tout en se tenant à ses nobles aspirations. Je suis secrètement fier de lui et je déteste voir que des gens médiocres se mêlent à des personnes si exceptionnelles, comme des démons se glisseraient au sein d’un groupe de dragons. Je pense que quelqu’un avec une aspiration aussi élevée que celle de mon fils peut soumettre un tigre, tout en restant aussi modeste et gentil qu’un chat.

Yao Zong Xun

Portrait de Yao Zongxun

Portrait de Yao Zongxun

C’est ce qu’écrivit Wang Xiangzhai sur un éventail à l’intention de Yao Zongxun lorsque celui-ci devint officiellement son successeur.

Me Yao Zongxun est né à Hangzhou dans la province de Zhejiang en 1917 mais a passé son enfance à Pékin. Il étudia la littérature à l’université de Pékin dont il est diplômé et vécu toute sa vie dans la région.
Très jeune, il est attiré par les activités sportives occidentales et les arts martiaux chinois. A 16 ans, il devient élève de Me Hong Lianshun, un célèbre professeur de boxe de Pékin, pour apprendre le Tantui et le Xingyiquan. Il devient rapidement le disciple de Me Hong.
C’est à l’automne 1937, alors que Wang Xianzhai est revenu à Pékin que Me Hong Lianshun, vint le défier. Ce dernier fût vaincu et lui, ainsi que ses disciples, dont Yao Zongxun, devinrent élèves de Wang. Totalement absorbé par la compréhension de l’art du poing et grâce à une pratique assidue et une étude approfondie des principes de la boxe, il ne fallut que 3 ans à Yao Zongxun pour devenir un des meilleurs élèves de Me Wang.

En 1940, Me Wang qui le considère comme son fils, le nomme successeur et lui donne le surnom de Ji Xiang (le successeur de Xiang) et lui offre symboliquement un costume de démonstration. Depuis ce jour, Yao Zongxun remplace Wang quand celui-ci est absent, relève les défis à sa place et enseigne.
Entre 1940 et 1948, Yao Zongxun remportera plus de 80 défis contre de célèbres pratiquants de tout style, Chinois ou étranger. L’un des plus médiatisés et qui faillit mal se terminer fut celui qui l’opposa à Wu Peiqing un célèbre pratiquant Xingyiquan. Citons encore son combat contre Watanabe, un expert en boxe et en Tae Kwon Do qui dira de lui « même un maître 8 ou 9ème dan de kendo ne peut me vaincre d’une manière aussi nette et impeccable». Ses combats lui apportèrent une réel renommée dans la capitale ainsi que le titre de Jeune Maître.
Dans ses échanges avec d’autres pratiquants Me Yao était toujours poli et modeste dans son attitude, calme et faisait preuve de contrôle de sa force en combat tant et si bien qu’il s’attirait l’admiration et le respect de ses visiteurs. De nombreux maîtres d’art martiaux devinrent amis avec Me Yao après avoir échangé avec lui. Droit et honnête, il détestait toute attitude malveillante. Au milieu des années 40, il fut souvent engagé dans des conflits avec un gang local pour défendre les gens et leurs biens. On parla beaucoup à l’époque de comment il dirigea le mouvement qui punit sévèrement Gao Yanwang et son gang des “36 amis” qui sévissait à Pékin.

Yao Zongxun s'entraînant

Yao Zongxun s’entraînant

Durant la période de la révolution culturelle, Yao Zongxun et sa famille sont envoyés pour travailler à la campagne, près de Changping, au Nord de Pékin. Même Durant cette période extrêmement peu favorable il continua à s’entraîner et à enseigner à ses fils jumeaux, Yao Chengguang and Yao Chengrong.
A la fin des années 70, Yao revient à Pékin et commence à diffuser largement son enseignement du Yi quan dans de meilleures conditions. Ainsi, le 21 octobre 1984, Yao Zongxun crée-t-il l’Institut de Yi Quan de Pékin avec le soutien du Comité des Sports de Pékin et de la Wushu Society.
Maître Yao Zongxun est mort en 1985, laissant la succession à ses fils. En 1985, son livre « Yi quan » est publié à Hong Kong grâce au soutien de M. Huo Zhenhuang, vice-President de l’Asia Wushu Union. Quatre ans après sa mort, en 1989, son livre sera également publié en Chine par le Beijing Sport college.

Yao Zongxun était un expert à l’esprit très ouvert. Il s’intéressait aux sciences ainsi qu’aux techniques d’autres écoles. Aussi, a-t-il toujours pris le meilleur de chaque style pour l’inclure dans la pratique du Yi Quan. Il disait à ses élèves: “Apprenez le Yi Quan ; si vous possédez d’autres techniques valables, gardez-les, mais appliquez-les à travers les principes du Yi Quan”. Il a ainsi enseigné à ses élèves la totalité de son savoir sans mysticisme ni superstition. Il avait l’habitude d’expliquer le Yi Quan avec des références empruntées à la sciences et à l’éducation physique.

Cui Rui Bin : la 3ème Génération

Maître Cui Rui Bin en 2015

Me Cui Rui Bin jeune

Me Cui Rui Bin jeune

Cui Rui Bin est né à Beijing en 1948. Il a d’abord commencé les arts martiaux par la lutte chinoise (Shuai Jiao), la boxe anglaise et le Tai ji quan.

Très sportif, il pratiquait également la natation et la musculation. Il découvre le Yi quan alors qu’une hernie discale le handicape. À l’époque, il travaille 8h par jour dans une usine de métallurgie. Il débute son apprentissage avec Li Yong Yan, un ami à lui qui se trouve être un élève de Yao Zong Xun et récupère en quelques mois. Passionné par cet art, il parvient alors à s’entraîner 3h par jour tout en continuant son travail. En 1972, Maître Yao, voyant qu’il avait un caractère honnête et sérieux, l’accepta comme disciple. Cui Rui Bin a remporté beaucoup de combats et de défis contre des pratiquants de styles différents (karaté, boxes…).

À l’instar de son maître, c’est un homme bon et modeste qui jouit d’une grande réputation auprès de ses pairs tant pour ses aptitudes martiales que pour ses qualités humaines. Bien qu’à sa mort Me Yao ait passé le flambeau à ses fils, Cui Ruibin est considéré en Chine comme son meilleur élève. Maître Wang Yufang (la fille du fondateur) dit de Cui Rui Bin que c’est lui qui ressemble le plus à son père en combat et lui donna le surnom de Ying Yanjing (le regard de l’aigle). Dans le milieu du Yi Quan, en Chine, on le surnomme également « Da Cui », le Grand Cui. En 1995, il ouvre un centre d’entraînement à 40 kilomètres au nord de Beijing. Il y accueille des pratiquants de tout âge, tout sexe et de toute nationalité pour des durées allant de quelques jours à plusieurs années. Me Cui a aujourd’hui plusieurs milliers d’élèves à travers le monde et environ 700 disciples. Tous les ans depuis 1998, des élèves issus de son centre remportent des titres lors des compétitions nationales de sanda.

Me Cui a observé de nombreuses formes de combat existantes. Dans la lignée de ces prédécesseurs, il en a absorbé ce qui était utile. Il a également, depuis la construction de son centre d’entraînement, développé la pédagogie qui fait souvent défaut en Yi Quan.

Son enseignement est structuré et logique, mettant l’accent sur les liens entre zhan zhuang, shi li, fali et mo ca bu et leurs applications en tui shou et en combat. Il apporte ainsi sa pierre à l’édifice d’un art en perpétuelle évolution.

Maître Cui Rui Bin est 8ème duan, membre du Comité chinois de Wushu Traditionnel, Vice-Secrétaire du Comité pékinois de Wushu et Vice-Président de l’Association pékinoise de Yi Quan.


Wuguan (武官)

Le centre international d’entraînement de Yi Quan

Centre International d’Entraînement de Yi Quan (国际意拳培训中心) près de Pékin

Centre International d’Entraînement de Yi Quan (国际意拳培训中心) près de Pékin

Le Centre de Me Cui Rui Bin est situé près du village de Tao Lin au nord de Pékin. C’est une enceinte de 9000 m² où toute la vie de la communauté qui s’y trouve s’organise autour de l’entraînement. La capacité d’accueil est d’environ 60 élèves.

L'un des murs d'enceinte du centre

L’un des murs d’enceinte du centre

Des chambres aux standards occidentaux ont été aménagées pour accueillir les élèves occidentaux qui viennent s’entraîner toute l’année. Toutes les nationalités se croisent : Français, Anglais, Russe, Israélien, Hollandais, … Il y a en outre les appartements du maître et de sa famille, une immense salle d’entraînement où se déroulent les combats, un réfectoire, une buanderie et des sanitaires. Un jardin à l’extérieur de l’enceinte permet d’alimenter partiellement l’école en légumes et un poulailler fournit des volailles et des œufs.

Tout le monde, dans l’école pratique le Yi Quan à un moment ou a un autre de la journée : de l’épouse du maître, qui gère l’administration de l’école, à ses sœurs, qui travaillent en cuisine en passant par le jardinier.

Depuis avril 2012, de nombreux travaux ont été entrepris afin d’augmenter la capacité d’accueil et le confort de l’école. Le centre de Me Cui Rui Bin, à l’instar de la pratique qui lui est si chère, est en perpétuelle évolution et s’adapte à son époque. L’aire de sanda en briques a été détruite et les sacs de frappes déplacés pour laisser la place à un immense bâtiment, certains bâtiments ont été démolis pour être reconstruit et surélevés d’un étage, d’autres ont été modernisés et réaménagés. Il est clair que l’ancienne caserne militaire de 1995 a définitivement laissé la place à cette « grande Université du Yi quan » donc Me Cui Rui Bin à fait son projet de vie.

Une journée type

IMG_2051Elle commence à 8h00 avec 1h10 de Zhang Zhuang. L’entraînement est personnalisé car tous les niveaux se côtoient : des jeunes élèves qui viennent apprendre le San Da et restent toute l’année, des groupes d’occidentaux qui viennent faire des stages ou des amis du maître qui viennent quelques jours lui rendre visite. Chacun a son programme selon son niveau et ses attentes. Après la pause, à 10h00, les plus jeunes passent dans l’autre cour pour travailler au sac et suivre un entraînement spécifique au San Da tandis que les autres restent et travaillent les déplacements (Mo ca bu) ainsi que des applications de Tui Shou.

L’entraînement s’arête à 11h30 pour le repas et reprend à 14h30 selon le même schéma que le matin. Après le salut final, vers 17h30, ceux qui le désirent partent courir sur les chemins qui entourent l’école et font encore des étirements et quelques exercices en rentrant à l’école. Le paysage est montagneux, nous sommes sur la route de la grande muraille !

C’est comme cela six jours sur sept : 5h30 d’entraînement quotidien sauf le dimanche où l’entrainement est libre et la plupart des élèves quittent l’école pour aller voir des parents ou des amis.

Certains pensionnaires restent toute l’année. Chacun ayant ses motivations propres : devenir champion de San Da (en Chine, il y a des combats de San Da professionnels), entrer dans l’armée ou dans la police, devenir garde du corps, récupérer d’un accident ou se soigner d’une maladie.

Visite de l’ecole de Me Cui Rui Bin – Pekin 2016

Zhan Zhuang

Frapper avec son bras ou sa jambe est à la portée de n’importe quel combattant. En revanche, faire la même chose en utilisant la force de l’ensemble du corps est le fruit d’un long travail et d’un entraînement spécifique.

Wang Xhiangzhai, fondateur du Yi Quan

Le Zhan Zhuang, qu’es-ce que c’est ?

Michel notre enseignant principal en posture

Michel notre enseignant principal en posture

Me Cui Rui Bin pratiquant Zhan Zhuang

Me Cui Rui Bin pratiquant Zhan Zhuang

La pierre angulaire de la pratique du Yi Quan est le Zhan Zhuang Gong. Cette méthode d’entrainement propre au yi quan (et autrefois à de nombreux autres arts martiaux) à pour particularité de tenir une position statique debout en apparence immobile, les bras ayant différentes positions possibles selon le type et la direction de force que l’on veut exprimer. A chaque posture, est associée une image mentale sur laquelle se fixe la pensée afin de faire naître une sensation bien particulière dans le corps (ganjué).

Ce travail postural est d’abord destiné à entraîner le corps dans le but de le renforcer et le tonifier. Par la concentration sur une image mentale et sur des petits mouvements que réalise le pratiquant, tout le corps se détend. A son tour, la décontraction de l’ensemble du corps entraîne la libre circulation de l’énergie vitale (Qi) à l’intérieur des méridiens. Ce volet de la pratique qui vise d’abord à améliorer la santé, se nomme Yang sheng. Les images mentales utilisées sont plus douces (par exemple: tenir un ballon de papier plutôt qu’un arbre) et l’intensité du travail moins grande que dans une pratique à but martial. Ces postures peuvent même se décliner assises ou couchées dans le cas d’une grande faiblesse du corps ou de maladie. L’accent est avant tout mis sur le relâchement et le bien-être dans la posture.

Le deuxième volet de la pratique est la recherche martiale. Par le travail mental dans le Zhan zhuang, le cerveau commande aux faisceaux musculaires de l’ensemble du corps. Ceci a pour effet majeur d’améliorer la qualité, la quantité et la vitesse d’information transmise par le cerveau aux muscles. En effet, les muscles sont composés d’une multitude de fibres musculaires. Peu importe la taille ou le poids d’un individu, le nombre de fibres varie peu. En dehors du diamètre des stries musculaires, la force est particulièrement liée à la capacité du système nerveux à contrôler davantage de fibres. En général, un grand nombre de fibres ne participe pas au mouvement parce qu’elles ne peuvent être contrôlées. Pendant le Zhan zhuang, en fixant sa concentration sur la bonne image, on sollicite donc des liaisons neuromusculaires « en veille » pour actionner plus de fibres dans une même action. Des études ont permis d’observer que le simple fait de s’entraîner à « penser » que l’on contracte un muscle, permet d’augmenter sa force (voir « Sciences et vie » de Novembre 2004). Si l’on ajoute à cela un travail de prise de conscience de la position de son corps dans l’espace et de la mise en oeuvre de chaînes musculaires particulières, le résultat est une augmentation de la force utilisable en combat. Le but final est d’obtenir une entière participation du corps ainsi « uni » dans le mouvement que ce soit pour une frappe, un blocage ou un déplacement.

Sui Li, Fa Li et Jian Wu

Stage dispensé par Me Cui en France (juin 2010)

Stage dispensé par Me Cui en France (juin 2010)

Me Cui pratiquant Shi Li

Me Cui pratiquant Shi Li

Le Zhan Zhuang doit être complété par plusieurs types d’exercices (Ji ben gong) afin d’apprendre à mettre en œuvre la “force globale” du corps dans le combat.

Tout d’abord, le travail de Shi Li (qui signifie “essayer la force”) consiste à réaliser un mouvement simple, en continu et induisant la participation de tout le corps. Les principes qui sous-tendent les Shi Li sont les mêmes que ceux du Zhan Zhuang : détente, concentration et respiration naturelle. Là encore, le geste sera guidé par une image mentale (par exemple: enfoncer un ballon dans l’eau) afin de faire naître la sensation dans le corps. La lenteur du mouvement est primordiale afin de laisser le temps au pratiquant de se corriger et de ressentir l’unité du corps dans le mouvement.

Il existe un peu plus d’une quinzaine de mouvements que l’on pratique dans un premier temps sur place, pieds parallèles (ting bu) puis en position de combat (san ti shi). Ces mouvements ont tous une finalité martiale : pousser, tirer, fendre, écarter, frapper,… et peuvent être séparés en deux groupes: ceux applicables en tui shou et ceux applicables en combat.

Ensuite, une autre catégorie de mouvements permet d’étudier l’expression explosive de la force instinctive: ce sont les Fa Li (”sortir/envoyer la force”). Le mouvement, dans un premier temps exécuté lentement, pourra dans ce type d’exercice être plus rapide une fois maîtrisé.

Des exercices de marche (Zou lu) ou mettant en jeu la stabilité permettent de renforcer le bas du corps ainsi que la perception du mouvement du centre de gravité dans le déplacement.

Une fois que les mouvements de Shi Li et Fa Li sur place ainsi que les déplacements de base sont relativement maîtrisés, marche et mouvements peuvent être combinés. Ces exercices se nomment Mo Ca Bu (« déplacement/pas friction ») et permettent de développer, en déplacement, l’expression de la force dans un mouvement. (NB: le combat est un mouvement permanent et chaque étape de l’enseignement vise à mettre un peu plus le pratiquant dans des conditions s’en approchant.)

Enfin, vient l’enchaînement de tous ces mouvements en déplacement au travers de l’exercice que l’on nomme Jian Wu (”danse de la santé”) ou Jiji Wu (”danse de la guerre”). Cet exercice nécessite une grande maîtrise des différents Shi Li, Fa Li et frappes que le pratiquant combinera avec des déplacements pour « créer » un combat imaginaire différent à chaque fois. Bien que ces séquences de mouvements ne soient pas codifiées, l’œil extérieur a coutume de les considérer comme les « taolu » du Yi Quan. C’est en réalité tout le contraire puisqu’elles visent à développer la spontanéité du pratiquant.

Le Tui Shou ou Poussée de mains

En quoi cela consiste-t-il ?

Me Cui conseille Nicolas Trembley (à gauche) et Michel Tournerie (à droite), tous deux professeurs de Kung Fu Binh Dinh

Me Cui conseille Nicolas Trembley (à gauche) et Michel Tournerie (à droite), tous deux professeurs de Kung Fu Binh Dinh

Avec le Tui shou (également appelé « Poussée de mains ») on aborde un nouveau type d’entrainement qui permet de tester son niveau de pratique et mettre en application avec un partenaire, de manière douce, les exercices vus précédemment. C’est un exercice d’opposition qui consiste par contact avec les avant-bras du partenaire à rechercher son déséquilibre tout en le contrôlant.

Le contact avec les avant-bras est ininterrompu dans un mouvement de rotations centripètes. C’est ce contact qui permet de contrôler son adversaire, prendre son axe et protéger son propre centre. On parlera plus volontiers de « partenaire » dans une pratique en club bien qu’une pratique compétitive existe.

Avec le temps et la pratique on développe le sens du contact. Le Tui shou en tant qu’exercice d’écoute active, permet de développer le champ sensoriel et notamment le toucher en particulier au niveau des avant-bras et d’appréhender les notions de “plein” et de “vide”. Là encore, la lenteur est de mise au début afin de laisser au cerveau et au corps le temps d’analyser et enregistrer les informations transmises par le contact avec le partenaire.

À l’origine le tui shou était (avec la frappe au ventre) un moyen de tester la force d’un opposant sans se blesser. On apprend à absorber la poussée de l’autre, feinter, déséquilibrer en poussant/tirant son partenaire avec les mains, les avant-bras, l’épaule ou le corps tout entier et le projeter avec un minimum de contraction musculaire et sans jamais le saisir. Plus qu’un simple exercice, le tui shou doit être considéré comme un premier pas vers le combat.

Le Tui Shou dans les autres arts martiaux

Une compétition de Tui Shou en France, en 1997

Une compétition de Tui Shou en France, en 1997

Ce type d’exercice se retrouve dans la plupart des arts martiaux dits internes tel que le Tai Ji Quan, le Bagua Zhang ou le Xing Yi Quan mais également dans certains styles de kung fu tels que le Wingchun (sous l’appellation Chi Sao) ou dans le Tai Ki Ken (forme japonaise du Yi quan). Il existe de nombreuses méthodes codifiées de Tui shou mais les principes de base (que nous verront plus loin) restent les mêmes.

La pratique du Tui Shou en Yi Quan se caractérise par le fait qu’elle se fait principalement à pas mobiles (Huo Bu Tui Shou), c’est-à-dire en déplacement et non à pas fixes (Ting Bu Tui Shou) comme on le voit majoritairement dans le Tai Ji Quan. Cette différence est fondamentale et prend tout son sens dans une pratique tournée vers l’efficacité martiale. Dans cette optique, il serait illusoire de se limiter à un travail statique. C’est la capacité d’alterner enracinements et relâchements lors de ses déplacements qui fait la force du combattant.

En Yi quan, le Tui Shou à pas fixes n’est donc considéré que comme un simple éducatif, une étape, tant que le niveau du pratiquant en Mo Ca bu n’est pas encore suffisant pour lui permettre d’exprimer la force du corps entier en déplacement.
Dans l’école de Me Cui, la pratique du Tui Shou n’est d’ailleurs abordée qu’après plusieurs mois/années d’entrainement; il faut d’abord trouver le relâchement au travers le Zhan Zhuang, assimiler les techniques au travers des Shi Li et être en mesure de les appliquer en déplacement grâce à l’entrainement en Mo Ca Bu. Sans cela, le Tui Shou (on le voit malheureusement souvent) se réduit à une sorte de lutte où seule la force brute s’oppose et celui qui est le plus lourd ou le plus “costaud” l’emporte.

Le Tui shou peut être perçu comme une joute qui, en opposition avec l’austérité apparente du Zhan Zhuang, amènerait très rapidement et avec peu de techniques, un aspect ludique au Yi quan. De plus, en l’absence de contact “dur”, il présente l’avantage de pouvoir être pratiqué par les enfants aussi bien que par les seniors. Mais c’est aussi et surtout une pratique subtile et complète en soi.

Les principes de base

Nicolas Mallet (professeur assistant à Cây Dao Binh Dinh) et Me Cui à la Royal Boxing Naresuan

Nicolas Mallet (professeur assistant à Cây Dao Binh Dinh) et Me Cui à la Royal Boxing Naresuan sur Toulouse

Adhérer, coller, relier et suivre : en prenant contact, on adhère aux avant-bras du partenaire. Puis on colle à ses mouvements en les accompagnant pour ne pas rompre le contact. A ce moment, la vigilance est de rigueur afin que le point de contact ne soit ni trop fort, pour ne pas donner prise à l’adversaire, ni trop relâché, pour ne pas perdre l’information (c’est ce qu’on appelle “perdre la force”). Le principe suivant consiste à relier les techniques entre elles en repassant par une position stable. Enfin, on suit les déplacements du partenaire sans s’y opposer. On calque également son propre rythme (lent ou rapide) sur celui de l’autre. Bref, on s’adapte à lui.

Il découle de ces principes les différents éléments suivant que le combattant devra maîtriser pour vaincre :

  • ne pas s’opposer à la force de l’autre, mais, au contraire, l’utiliser et la transformer à son avantage
  • essayer de contrôler l’axe tout en protégeant le sien
  • alterner enracinements et déplacements, ne pas rester « figé » sur place changer constamment de direction de force afin, là encore, de ne pas donner prise à l’adversaire (ceci conduit à l’utilisation de feintes afin d’obtenir des réactions attendues)

À haut niveau et grâce à une pratique régulière du Zhan Zhuang, le champs sensoriel du pratiquant et notamment le toucher, s’élargissent. La perception au niveau des avant-bras se fait plus fine et on s’attache à « écouter », sentir des différences de pression et percevoir des directions de forces émises par l’adversaire de plus en plus subtiles. À travers le contact, on arrive pour ainsi dire à « lire » ses intentions.